Il m’arrive souvent, dans mon travail comme dans ma vie, de m’arrêter un instant pour observer la manière dont nous accompagnons nos enfants. Non pas pour juger, mais pour comprendre ce que nos choix révèlent de nous, de nos histoires, de nos peurs et de nos espoirs. Et plus j’avance, plus une évidence me frappe : la façon dont une société regarde ses enfants dit tout de sa vision du monde.
Dans certains pays, l’enfant est accueilli avec confiance, soutenu dans ses émotions, considéré comme une personne en devenir. Dans d’autres (les nôtres souvent) l’éducation reste marquée par la peur de “mal faire”, par la crainte que l’enfant dérape, par l’idée qu’il faut le contrôler avant même qu’il apprenne à se connaître. Ce réflexe de méfiance ne vient pas de la malveillance ; il vient de la fatigue, des blessures, des héritages culturels et d’un modèle social qui a, pendant longtemps, reposé sur la survie plus que sur la relation.
Alors j’observe, je compare, et je m’interroge : qu’est-ce que cela produit, en profondeur, d’élever un enfant dans la confiance plutôt que dans la peur ? Quel adulte devient un enfant qu’on accompagne, qu’on écoute, qu’on considère ?
Et à l’inverse, quel adulte devient un enfant que l’on corrige, que l’on surveille, que l’on contraint ?
Ces questions ne sont pas théoriques. Elles sont urgentes. Elles touchent à l’avenir de nos familles, de nos sociétés, de nos enfants et de ceux qu’ils deviendront.
C’est cette réflexion que je partage ici : un regard honnête et engagé sur deux visions du monde, deux manières d’éduquer, deux manières d'espérer.
On imagine souvent que développer les soft skills demande des exercices complexes, des formations coûteuses ou des ateliers spécialisés. En réalité, ces compétences humaines (la confiance, l’empathie, la communication, la gestion des émotions, la coopération) ne naissent pas uniquement dans un cadre formel. Elles se construisent surtout dans le quotidien, dans les gestes ordinaires, dans la manière dont l’adulte accompagne l’enfant quand personne ne regarde.
Les soft skills se transmettent d’abord par le climat que l’on crée autour de l’enfant. Un climat où il peut poser des questions sans être jugé, où il peut se tromper sans être humilié, où il peut ressentir sans être rejeté. Chaque interaction devient une opportunité d’apprentissage. Une dispute, une frustration, un refus, un élan de joie, un moment de fatigue… La vie elle-même est une salle de classe.
Comprendre cela transforme profondément notre manière d’accompagner les enfants.
Développer les soft skills commence souvent par un geste simple : prendre le temps.
Prendre le temps d’écouter un enfant jusqu’au bout, sans précipiter sa phrase ni deviner ses mots avant lui.
Prendre le temps de s’agenouiller pour se mettre à sa hauteur.
Prendre le temps de demander ce qu’il ressent plutôt que de lui dire ce qu’il doit ressentir.
Dans ce simple ralentissement, l’enfant découvre qu’il existe, qu’il compte, qu’il peut être entendu. Il développe sans le savoir sa capacité à s’exprimer, à clarifier sa pensée, à comprendre ce qui se passe en lui. La communication naît de cette place qu’on lui fait.
Les soft skills se développent aussi dans la façon d’accueillir l’erreur.
Un enfant qui casse un verre n’a pas seulement renversé de l’eau. Il a une occasion d’apprendre la responsabilité sans honte, la réparation sans peur. Le message transmis n’est plus : « Tu as mal fait », mais : « Ce qui s’est passé arrive. Voyons ensemble comment arranger. » Cette posture crée naturellement la résilience, l’autonomie, la gestion du stress et le courage d’essayer à nouveau.
La coopération, elle, se construit dans les moments où l'on invite l’enfant à participer, même dans des gestes simples : ranger, mettre la table, nourrir un animal, aider un plus petit, préparer quelque chose ensemble. Ce sont des rituels qui l’aident à comprendre qu’il fait partie d’un ensemble, que ses actions ont du sens, que sa contribution compte. Il découvre la satisfaction d’agir pour quelque chose de plus grand que lui.
Quant à la gestion des émotions, elle n’est pas un cours. C’est une relation.
Un enfant apprend à accueillir ses émotions lorsque l’adulte accueille les siennes.
Il apprend à se calmer quand il est en colère en observant comment l’adulte se calme lui-même, il apprend à nommer ce qu’il ressent lorsqu’il voit que ses mots ne seront pas retournés contre lui.
La stabilité émotionnelle ne se “corrige” pas : elle se cultive au quotidien, par la présence, par la régulation, par l’exemple.
Le quotidien est un terrain fertile pour développer les soft skills, à condition de changer légèrement notre regard.
Il suffit parfois d’ajouter une intention là où il n’y en avait pas. Une curiosité là où il y avait une réaction. Une confiance là où il y avait un contrôle.
Peu à peu, l’enfant grandit avec l'idée qu’il peut réfléchir, qu’il peut sentir, qu’il peut choisir, qu’il peut apprendre de ce qu’il vit. Il construit une clarté intérieure qui va devenir son socle pour l’avenir.
Il faut aussi se rappeler que l’enfant n’apprend pas parce qu’on lui parle de soft skills. Il apprend parce qu’il les vit. Un climat serein l'apaise. Un adulte disponible l’ouvre. Une limite posée avec respect le sécurise. Un “tu peux y arriver” sincère le renforce. Un “je t’écoute” répété jour après jour lui apprend la valeur de sa voix.
C’est ainsi, dans ces interactions minuscules, que se forme la confiance en soi. Et c’est ainsi que naissent les adultes confiants, empathiques, capables de coopérer, de s’adapter, de prendre des décisions et de transformer positivement leur environnement.
Développer les soft skills au quotidien n’exige pas d’être un parent parfait. Cela demande simplement d’être un parent attentif à soi, à l’enfant, à la relation. Un parent qui apprend en même temps que son enfant, qui ajuste, qui se questionne, qui avance.
Les soft skills ne sont pas un objectif extérieur : ce sont des graines que l’on sème dans chaque moment de vie, et que le temps transforme en racines solides.
Et c’est peut-être là le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un enfant : le rendre capable de traverser le monde avec intelligence, avec humanité, et surtout… avec lui-même.
Safia IF
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