Il arrive parfois que l’on observe un autre modèle éducatif et que quelque chose en nous se mette en mouvement. Non pas par comparaison, mais par contraste. En regardant comment certains pays considèrent l’enfance, soutiennent les parents et structurent l’éducation, une question simple me vient à l'esprit : et si notre manière de voir l’enfant n’était pas la seule possible ?
Lorsque l’on se penche sur les modèles scandinaves, notamment en Suède et en Norvège, on découvre une vision cohérente, presque systémique, où la confiance est un principe fondateur et où l’enfant est considéré comme une personne à part entière. Cette approche est si différente de la nôtre, ici en Côte d'Ivoire mais également en France, elle invite à une réflexion honnête et nécessaire sur nos propres pratiques, nos croyances et les héritages éducatifs que nous transportons parfois sans les interroger.
Cet article ne cherche pas à opposer des cultures, ni à idéaliser un modèle.
Il cherche à comprendre ce que produit une éducation fondée sur la méfiance, et ce que permet une éducation fondée sur la confiance. Parce qu’au-delà des discours habituels sur la punition, “l’enfant roi” ou la discipline, c’est le développement de l’enfant (et le futur de l’adulte qu’il deviendra) qui se joue.
Voici donc une réflexion essentielle sur ce changement de paradigme devenu urgent.
Pourquoi la Suède et la Norvège ?
Parce que ce sont les deux pays souvent cités (et parfois critiqués) pour une éducation considérée comme “trop libre”.
Ces critiques viennent généralement de cultures où la punition est vue comme un outil normal, l’autorité se confond avec domination, l’enfant doit “apprendre à obéir”, la discipline prime sur la relation, la méfiance est perçue comme nécessaire pour éviter le dérapage.
Dans ces cultures, les modèles scandinaves sont parfois caricaturés sous les étiquettes suivantes : “éducation laxiste”, “enfant roi”, “absence d’autorité”, “excès de liberté”, “manque de discipline”.
Or, rien n’est plus éloigné de la réalité. Dans ces pays, l’enfant n’est pas “roi”, il est une personne, un interlocuteur sujet de droits, sujet d’émotions, sujet de pensée.
Ce que ces sociétés ont compris (depuis longtemps) est simple : Un enfant n’a pas besoin de peur pour apprendre, mais de sécurité, il n’a pas besoin d’humiliation pour comprendre, mais de relation, il n’a pas besoin d’être contrôlé, mais accompagné.
C’est cela, la vision systémique.
L’école, la famille, les institutions, les services sociaux, la législation, les médias : tous partent du même principe fondamental.
Et lorsque toute une société fonctionne sous le filtre de la confiance, l’enfant grandit autrement.
Chez nous, les mots “discipline”, “respect”, “obéissance” servent souvent à justifier un système sous tension.
Dans nos sociétés et particulièrement en Afrique de l’Ouest, l’éducation repose depuis longtemps sur un mode défensif :
on se méfie de l’enfant avant même qu’il n’agisse.
Cette méfiance se traduit par la surveillance, la suspicion, la punition préventive, la peur comme outil éducatif, l’idée que “si tu ne tapes pas, l’enfant ne t’écoute pas”.
Un enfant respecté est perçu comme un enfant “mal éduqué”. Un enfant qui pose des questions est vu comme insolent. Un enfant qui exprime son émotion est souvent considéré comme capricieux.
Et pourtant, toute la recherche sur le développement de l’enfant montre précisément l’inverse. Le discours autour de “l’enfant roi”, de “l’éducation trop libre”, de “l’enfant qui commande tout” est le symptôme d’une société qui a peur de perdre le contrôle, peur de changer, peur de remettre en question les modèles transmis par les générations précédentes.
Mais une société qui fonctionne principalement sur la peur élève des enfants qui apprennent à se conformer, se taire, éviter l’erreur, douter d’eux-mêmes, craindre l’autorité plutôt que la comprendre... Ce n’est pas de la discipline, c’est de la fragilité déguisée.
Les effets réels des deux modèles : deux chemins pour devenir adulte
Un enfant élevé sous le filtre de la méfiance devient souvent un jeune adulte qui :
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doute de sa propre valeur,
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peine à dire non,
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cherche la validation extérieure,
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interprète l’autorité comme un danger,
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a du mal à faire confiance,
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peut développer une hyper-obéissance ou une hyper-rébellion,
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avance dans la vie avec une peur constante de l’erreur.
À l’inverse, les modèles scandinaves forment des jeunes adultes qui :
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connaissent leurs émotions,
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savent demander de l’aide sans honte,
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ont confiance en leur pensée,
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voient l’erreur comme un apprentissage,
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s’expriment sans s’écraser ni écraser les autres,
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collaborent,
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innovent,
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prennent des décisions éclairées.
La différence n’est pas culturelle, elle est systémique, elle est relationnelle et éducative, et elle commence très tôt.
Pourquoi il est urgent de changer de paradigme
Nos sociétés souffrent aujourd’hui d’une fragilité émotionnelle chronique : violence, impulsivité, difficultés relationnelles, stress, anxiété, manque de confiance, incapacité à gérer les conflits autrement que par la force ou l’abandon.
Ce sont les conséquences directes d’un modèle éducatif fondé sur la méfiance.
Changer de paradigme, ce n’est pas “copier la Suède ou la Norvège”, c’est comprendre que l’éducation punitive, la peur, l’humiliation et la domination détruisent plus qu’elles ne construisent.
Il ne s’agit pas de laisser les enfants faire ce qu’ils veulent mais de leur apprendre à être.
Changer de paradigme, c’est :
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passer de la peur au respect,
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du contrôle à l’accompagnement,
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du silence à la communication,
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de l’obéissance aveugle à la responsabilité,
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de la punition à la compréhension,
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de la méfiance à la confiance.
C’est choisir la construction plutôt que la contrainte. Et c’est un choix urgent ! parce que ce que nous transmettons aujourd’hui façonnera : les couples de demain, les parents de demain, les leaders de demain, les sociétés de demain.
Nous ne pouvons pas prétendre vouloir une société meilleure en continuant à éduquer avec les outils qui ont abîmé les générations passées.
Conclusion : la confiance n’est pas un luxe scandinave, c’est un fondement universel.
La Suède et la Norvège ne sont pas des modèles parfaits mais elles ont compris une chose essentielle : éduquer dans la confiance crée des adultes solides, éduquer dans la peur crée des adultes fragiles.
Le filtre de la méfiance a fait son temps, il a protégé des générations, mais il en a blessé beaucoup aussi.
Aujourd’hui, nos enfants ont besoin d’un autre regard, d'une autre posture, d'un autre monde intérieur.
Changer commence dans nos maisons, nos écoles, nos regards, nos mots. C’est ainsi qu’on prépare une génération capable de transformer la société — non par la force, mais par la conscience.
C’est cette transition que SANOJO® Africa porte, éclaire et accompagne.