Le comportement de l’enfant n’est jamais le problème - Quand nos réflexes éducatifs africains masquent ce que l’enfant essaie de dire

Publié le 11 janvier 2026 à 15:08

Dans beaucoup de familles africaines, quand un enfant se met en colère, s’oppose ou déborde, la réponse arrive vite.
Parfois très vite. Un adulte intervient. La parole tranche. Le geste corrige.

On entend alors des phrases familières : « Ici, on ne fait pas ça. », « Un enfant ne répond pas à un adulte. », « Arrête de pleurer. »
« Tu veux quoi exactement ? », « Ce n’est pas comme ça qu’on m’a éduqué. »

Ces phrases ne sont pas le signe d’un manque d’amour ; elles sont le fruit d’une culture de la tenue, du respect de l’ordre, de la retenue émotionnelle. Une culture qui a longtemps permis de tenir debout, de préserver le collectif, de transmettre des repères solides dans des contextes parfois rudes.

Chez SANOJO®, nous ne cherchons ni à la disqualifier ni à la caricaturer.

Nous posons simplement une question essentielle : ce modèle répond-il encore pleinement aux besoins émotionnels des enfants d’aujourd’hui ?

 

L’enfant africain aussi parle avec son corps

L’enfant africain n’est pas différent des autres enfants du monde dans son fonctionnement émotionnel.
Il ressent avant de comprendre, il agit avant de pouvoir expliquer, il manifeste avant de pouvoir dire.

Et pourtant, dans beaucoup de contextes éducatifs africains, le comportement est rapidement interprété comme :

  • un manque de respect,

  • une provocation,

  • une remise en cause de l’autorité,

  • ou le signe d’une éducation défaillante.

Alors on coupe court. On redresse. On fait taire.

Pas par mépris... mais parce que la culture valorise la maîtrise, la discrétion, le fait de ne pas exposer ce qui déborde.

 

 

Quand la correction précède l’écoute

Dans l’éducation dite “à l’africaine”, le comportement est souvent corrigé avant d’être interrogé.
Il faut que l’enfant se tienne, qu’il obéisse, qu’il respecte.

Ce modèle s’est construit dans des sociétés où la survie collective primait sur l’expression individuelle, la hiérarchie structurait et protégeait, l’enfant devait rapidement apprendre sa place pour ne pas fragiliser l’ensemble.

Mais les enfants d’aujourd’hui grandissent dans des réalités profondément différentes :

  • urbanisation accélérée,

  • éclatement des cadres familiaux traditionnels,

  • exposition précoce à des injonctions contradictoires,

  • pression scolaire, sociale et émotionnelle accrue.

Le monde intérieur de l’enfant est plus sollicité que jamais, alors même que les réponses éducatives restent parfois les mêmes.

 

Le risque silencieux : quand le respect devient effacement

Lorsqu’un enfant apprend très tôt à se taire, à contenir, à ne pas déranger, il peut devenir calme, obéissant, discret, “bien élevé”.

Mais les recherches en psychologie du développement montrent que cette inhibition précoce peut avoir un coût invisible :

  • difficulté à identifier ses émotions,

  • peur de l’erreur,

  • difficulté à demander de l’aide,

  • confusion entre respect et effacement de soi.

Dans certains contextes africains, nous confondons parfois respect et soumission, autorité et peur, bonne éducation et silence émotionnel.

Ce que l’on appelle sagesse chez l’enfant est parfois une adaptation contrainte, plus qu’un choix conscient.

 

Comprendre l’enfant sans renier notre héritage

Chez SANOJO®, il ne s’agit pas d’importer un modèle éducatif extérieur. Il s’agit de faire évoluer notre héritage sans le renier.

Comprendre le comportement de l’enfant ne signifie pas :

  • abandonner l’autorité,

  • tout tolérer,

  • nier les règles,

  • affaiblir le cadre.

Cela signifie :

  • lire ce que le comportement exprime,

  • corriger sans humilier,

  • poser des limites sans écraser,

  • rester en lien même quand l’enfant a transgressé.

L’enfant africain n’a pas besoin d’être brisé pour apprendre le respect. Il a besoin d’adultes solides pour apprendre à se tenir sans se perdre.

 

Quand l’adulte change de posture

La pédagogie SANOJO® repose sur une idée simple et exigeante : l’autorité qui rassure structure plus durablement que l’autorité qui intimide.

Un adulte peut dire non. Un adulte peut corriger/rectifier. Un adulte peut poser un cadre ferme.

Mais il peut aussi :

  • expliquer après coup,

  • reconnaître un débordement,

  • aider à réparer,

  • ouvrir un espace de parole sécurisé.

Dans ce cas, on ne fait pas preuve de faiblesse, on fait preuve de maturité éducative.

 

Ce que nous observons sur le terrain

Dans les ateliers et accompagnements SANOJO® menés en Afrique de l’Ouest, un constat revient sans cesse : lorsque les enfants sentent qu’ils peuvent exister émotionnellement sans être "silenciés", les comportements s’apaisent.

Ils deviennent plus coopératifs, plus ouvert, plus responsables et plus respectueux du cadre.

Non par peur mais par compréhension. Le comportement change quand la relation change.

 

La boussole SANOJO®

Honorer notre culture ne signifie pas la figer.
Éduquer à l’africaine aujourd’hui, ce n’est plus seulement transmettre l’obéissance. C’est transmettre la justesse.

Chez SANOJO®, nous croyons qu’un enfant peut apprendre le respect sans renoncer à sa sensibilité et qu’un adulte peut tenir sa place sans écraser celle de l’enfant.

Parce que grandir, ici comme ailleurs, ne devrait jamais coûter sa voix intérieure.

 

                                                                                                                                                 Safia IF

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